Dynamique spatio-temporelle, typologie, analyse floristique, séquestration de carbonne et service écosystémique des espaces verts urbains de Lomé et de Kara (Togo)

RÉSUMÉ
Dans un contexte mondial marqué par l’intensification de l’urbanisation et la raréfaction des ressources naturelles, les espaces verts urbains (EVU) restent des infrastructures écologiques majeures pour soutenir la durabilité et la résilience des villes. Cependant, leur gestion demeure particulièrement problématique dans les villes d’Afrique subsaharienne, où les dynamiques spatiales, la pression démographique et les insuffisances de gouvernance fragilisent leur pérennité. La présente étude se propose d’appréhender, dans une perspective comparative, la trajectoire spatio-temporelle, la diversité floristique, la structure dendrométrique, la capacité de séquestration du carbone ainsi que la perception des services écosystémiques rendus par les espaces verts urbains dans deux centres urbains contrastés au Togo. Il s’agit de la ville méridionale Lomé, la capitale et celle de Kara, septentrionale, deuxième centre urbain. L’analyse de la dynamique spatio-temporelle, fondée sur le traitement d’images satellitaires multisources (Landsat TM, ETM+, OLI) acquises entre 1988 et 2022, met en évidence une régression alarmante du couvert végétal de ces villes. Les espaces verts urbains ont régressé de 85,98% à 40,78 % par rapport à la surface urbaine à Lomé et de 93,99% à 36,68% à Kara. Cette dynamique régressive attribuable à l’extension incontrôlée des zones bâties, illustre bien la carence de la politique d’aménagement urbain qui occulte l’infrastructure verte. L’étude floristique, conduite sur 234 unités d’observation réparties selon les types d’espaces, a permis de recenser 368 espèces végétales à Lomé réparties en 90 familles, contre 225 espèces appartenant à 63 familles à Kara. Les espaces verts urbains de Lomé sont dominés par des espèces ornementales et fruitières introduites (Terminalia catappa, Delonix regia, Mangifera indica), tandis que ceux de Kara se caractérisent par une plus forte présence d’espèces ligneuses autochtones, telles que Vitellaria paradoxa, Khaya senegalensis ou encore Parkia biglobosa, témoignant d’une gestion plus fonctionnelle de la ressource végétale. Les enquêtes participatives menées auprès des populations riveraines à travers la cartographie participative et les entretiens semi-directifs révèlent des perceptions différenciées des services écosystémiques selon les contextes urbains. À Lomé, les usagers valorisent essentiellement les services culturels, tandis qu’à Kara, les fonctions de soutien et les services d’usage sont mises en exergue. Cette lecture contrastée illustre la diversité des représentations et des usages sociaux, associés aux espaces verts urbains selon les dynamiques territoriales. Enfin, l’analyse de la structure dendrométrique des espaces verts urbains montre des peuplements plus jeunes à Lomé, dominés par des individus de faible diamètre (< 30 cm) et de faible hauteur (< 10 m), traduisant une dynamique de plantation récente. À l’inverse, Kara présente des peuplements matures avec plus de grands arbres (diamètre > 40 cm et hauteur > 15 m). Cette différence structurale influe directement sur la capacité de stockage du carbone. En effet, les estimations basées sur les équations allométriques de Chave et les densités spécifiques des espèces montrent que les EVU de Kara stockent globalement davantage de biomasse ligneuse et de carbone (674 953,22 kg dans la préfecture de la Kozah) comparativement à ceux de Lomé (161 672,05 kg dans la préfecture d’Agoè-Nyivé). Cette différence significative est à mettre à l’actif d’une flore dominée par des espèces locales à bois dense et d’une meilleure organisation verticale des strates arborées. Ces résultats mettent en évidence le rôle stratégique des espaces verts urbains, notamment de Kara dans les politiques locales d’atténuation du changement climatique et de promotion de la résilience urbaine au Togo. En définitive, cette étude met en exergue les disparités écologiques, structurelles et sociales entre les espaces verts urbains de Lomé et de Kara, tout en soulignant leur rôle déterminant dans la durabilité urbaine. Elle plaide en faveur d’une gouvernance intégrée et adaptative des espaces verts, articulant les connaissances scientifiques, les savoirs locaux et les impératifs globaux en matière de transition écologique.
Mots clés: espaces verts urbains, dynamisme spatio-temporelle, SIG participative, typologie, diversité floristique, séquestration de carbone, Lomé, Kara, Togo
ABSTRACT
In a global context marked by accelerating urbanization and the increasing scarcity of natural resources, urban green spaces (UGS) have emerged as vital ecological infrastructures for enhancing urban sustainability and resilience. However, their management remains particularly challenging in Sub-Saharan African cities, where rapid spatial transformations, demographic pressures, and governance deficits threaten their long-term viability. This study adopts a comparative approach to examine the spatio-temporal trajectories, floristic diversity, dendrometric structure, carbon sequestration capacity, and perceived ecosystem services of UGS in two contrasting Togolese urban centers: Lomé, the coastal capital, and Kara, located in the northern Sudanian-Guinean zone. Spatio-temporal analysis, based on the processing of multisource satellite imagery (Landsat TM, ETM+, OLI) from 1988 to 2022, reveals a dramatic decline in vegetative cover in both cities. In Lomé, green spaces decreased from 85.98% to 40.78% of the urban surface, whereas in Kara, they fell from 93.99% to 36.68%. This regression, primarily driven by unregulated urban expansion, highlights critical shortcomings in urban planning policies with respect to green infrastructure integration. Floristic inventories conducted across 234 georeferenced observation units stratified by green space types (public, institutional, residential, etc.) identified 368 plant species in Lomé (90 families) and 225 species in Kara (63 families). Lomé's UGS are dominated by introduced ornamental and fruit species (e.g., Terminalia catappa, Delonix regia, Mangifera indica), while Kara’s green spaces exhibit a higher prevalence of native woody species such as Vitellaria paradoxa, Khaya senegalensis, and Parkia biglobosa, reflecting a more vernacular and utilitarian vegetation management approach. Participatory surveys, combining mental mapping and semi-structured interviews with local populations, reveal contrasting perceptions of ecosystem services. In Lomé, users primarily value cultural services (aesthetics, thermal comfort, recreation), whereas in Kara, provisioning (fuelwood, fruits, shade) and supporting services (soil protection, hydrological regulation, biodiversity habitat) are more frequently emphasized. These perceptual differences reflect diverse territorial dynamics and socio-ecological representations. Dendrometric analyses indicate that Lomé’s UGS are characterized by younger stands with smaller diameter (<30 cm) and height (<10 m), indicative of recent planting efforts. Conversely, Kara exhibits more mature tree populations, with a higher proportion of large-diameter (>40 cm) and tall individuals (>15 m), resulting in greater biomass and carbon storage capacities. Carbon sequestration estimates, based on Chave’s allometric models and species-specific wood densities, show that Kara’s green spaces (674,953.22 kg in the Kozah prefecture) store significantly more woody biomass and carbon than those in Lomé (161,672.05 kg in Agoè-Nyivé). This difference is attributable to the dominance of dense-wood native species and better vertical stratification of the arboreal layer. Overall, the findings underscore the strategic role of UGS—particularly in Kara—in local climate change mitigation and urban resilience efforts. The study highlights profound ecological, structural, and social disparities between the two cities’ green spaces, advocating for integrated and adaptive governance approaches that bridge scientific knowledge, local practices, and global ecological imperatives.
Keywords: Urban green space, Spatio-temporal dynamics, Participatory GIS, Typology, Floristic diversity, Carbon sequestration, Lomé, Kara (Togo).


07 Juillet 2026
