Un système d’indicateurs pour évaluer la durabilité de la ville de Moundou, capitale économique du Tchad.

Résumé :
Au Tchad, et plus largement en Afrique subsaharienne, l’intensification de la pression démographique dans les grandes et moyennes villes exerce des contraintes croissantes sur les infrastructures urbaines, les services collectifs et les ressources naturelles. Ces dynamiques s’inscrivent dans un contexte marqué par l’accentuation de la variabilité et de l’intensité des aléas climatiques, alors même que les capacités d’adaptation des systèmes urbains demeurent structurellement limitées. Parallèlement, la généralisation de l’informalité urbaine accentue les vulnérabilités socio-spatiales et complexifie la gouvernance urbaine, dans des contextes institutionnels caractérisés par des ressources financières, techniques et organisationnelles insuffisantes. Dans ce cadre, orienter les villes vers des trajectoires de durabilité constitue un enjeu stratégique majeur, étroitement dépendant de la capacité à évaluer de manière rigoureuse, intégrée et contextualisée les dynamiques urbaines. Or, les dispositifs d’évaluation de la durabilité urbaine reposent encore largement sur des systèmes d’indicateurs globaux, principalement élaborés par les Nations Unies ou inspirés des expériences des pays développés. Bien que pertinents pour les comparaisons internationales, ces référentiels peinent à appréhender les spécificités institutionnelles, socio-économiques et environnementales des villes sahéliennes. Ils privilégient le plus souvent des lectures sectorielles et descriptives, limitant l’analyse des interdépendances et des mécanismes de rétroaction au sein des systèmes urbains. S’inscrivant dans le champ de la science de la durabilité et de l’approche systémique, cette thèse vise à combler une lacune persistante de la littérature en développant un cadre méthodologique contextualisé d’évaluation de la durabilité urbaine. Prenant la ville de Moundou comme étude de cas, la recherche a pour objectif de concevoir un système d’indicateurs capable de représenter les interactions et les rétroactions entre les différentes composantes du système urbain, dépassant ainsi une approche strictement sectorielle de la durabilité. Sur le plan méthodologique, la recherche mobilise, dans un premier temps, une approche mixte combinant analyse documentaire, enquêtes de terrain, méthodes quantitatives et participation des acteurs urbains clés, afin de sélectionner un ensemble de vingt indicateurs tout en assurant leur cohérence avec les ODD. Dans un second temps, le cadre MICMAC est appliqué à l’analyse systémique de cet ensemble d’indicateurs. Cette démarche met en évidence les indicateurs moteurs, relais, dépendants et passifs, et conduit à l’identification de six mécanismes de rétroaction majeurs, révélant des dynamiques non linéaires généralement occultées par les cadres d’évaluation conventionnels. Ces résultats empiriques constituent un socle permettant de revisiter et d’adapter le modèle DPSIR au concept de système urbain. Intégré dans une démarche de modélisation systémique, ce cadre permet de structurer les composantes urbaines en tenant explicitement compte des relations causales et des rétroactions identifiées, et aboutit à l’élaboration d’un modèle conceptuel des phénomènes urbains. À partir de ce modèle conceptuel, la thèse élabore un système d’indicateurs de durabilité urbaine organisé autour des relations fonctionnelles et causales du système urbain, dépassant ainsi une simple juxtaposition d’indicateurs. Le système d’indicateurs proposé constitue un outil d’aide à la décision et à la gouvernance participative, en favorisant une représentation partagée et objectivée des dynamiques urbaines, susceptible de réduire l’asymétrie d’information entre acteurs et d’orienter les politiques urbaines vers des trajectoires de durabilité. Bien que fondée sur un cas d’étude spécifique, la démarche développée présente une portée analytique et méthodologique transférable à d’autres villes secondaires d’Afrique subsaharienne confrontées à des dynamiques et contraintes similaires.
Mots clés : durabilité urbaine, évaluation, modélisation systémique, modèle DPSIR, système d’indicateurs, ODD, ville de Moundou.
THESIS TITLE : A system of indicators for assessing the sustainability of Moundou, the economic capital of Chad
Abstract :
In Chad, and more broadly in Sub-Saharan Africa, the intensification of demographic pressure in large and medium-sized cities is exerting increasing constraints on urban infrastructure, public services, and natural resources. These dynamics unfold in a context marked by heightened variability and intensity of climatic hazards, while the adaptive capacities of urban systems remain structurally limited. At the same time, the widespread expansion of urban informality exacerbates socio-spatial vulnerabilities and complicates urban governance, within institutional contexts characterized by insufficient financial, technical, and organizational resources. In this context, steering cities toward sustainability pathways constitutes a major strategic challenge, closely dependent on the capacity to assess urban dynamics in a rigorous, integrated, and context-sensitive manner. However, urban sustainability assessment frameworks still largely rely on global indicator systems, primarily developed by the United Nations or inspired by experiences from developed countries. While relevant for international comparisons, these frameworks struggle to capture the institutional, socio-economic, and environmental specificities of Sahelian cities. They most often privilege sectoral and descriptive readings, thereby limiting the analysis of interdependencies and feedback mechanisms within urban systems. Situated within the field of sustainability science and the systemic approach, this dissertation aims to address a persistent gap in the literature by developing a contextualized methodological framework for assessing urban sustainability. Using the city of Moundou as a case study, the research seeks to design an indicator system capable of representing interactions and feedbacks among the different components of the urban system, thereby moving beyond a strictly sectoral approach to sustainability. From a methodological perspective, the research first adopts a mixed-methods approach combining documentary analysis, field surveys, quantitative methods, and the participation of key urban stakeholders, in order to select a set of twenty indicators while ensuring their coherence with the Sustainable Development Goals (SDGs). In a second stage, the MICMAC framework is applied to the systemic analysis of this set of indicators. This approach highlights driving, relay, dependent, and passive indicators, and leads to the identification of six major feedback mechanisms, revealing non-linear dynamics that are generally overlooked by conventional assessment frameworks. These empirical results constitute a foundation for revisiting and adapting the DPSIR model to the concept of the urban system. Integrated into a systemic modeling approach, this framework makes it possible to structure urban components by explicitly accounting for the identified causal relationships and feedbacks, and results in the development of a conceptual model of urban phenomena. Based on this conceptual model, the dissertation develops an urban sustainability indicator system organized around the functional and causal relationships of the urban system, thus going beyond a simple juxtaposition of indicators. The proposed indicator system constitutes a decision-support and participatory governance tool, by fostering a shared and objectified representation of urban dynamics, capable of reducing information asymmetries among stakeholders and guiding urban policies toward sustainability pathways. Although grounded in a specific case study, the approach developed presents an analytical and methodological scope that is transferable to other secondary cities in Sub-Saharan Africa facing similar dynamics and constraints.
Keywords : Urban sustainability, assessment, systemic modeling, DPSIR framework, indicator system, SDGs, city of Moundou.


12 Mars 2026
